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Crédit photo : Flickr (presse_transatjacquesVabre)

Depuis quelques jours, la 10ème édition de la renommée « Route du Rhum » , course navale au cours de laquelle près de 100 skippers tentent d’effectuer le plus rapidement possible la traversée de l’Atlantique, a été lancée au départ de Saint-Malo. Course en solitaire, à bord de bateaux de toutes tailles, cette course fait rêver de nombreux téléspectateurs qui, tous les quatre ans, s’imaginent braver les tourments de l’océan et découvrir la vie si particulière et inspirante des marins… Pour cela, l’une des solutions est de devenir skipper, qui est le véritable maître à bord sur un bateau. Ses missions sont assez variées, puisqu’il est en charge notamment (selon le site des métiers marins):

  • De la navigation
  • De la conduite des moteurs et des installations électriques
  • Des relations entre le client et le bord, ainsi qu’entre le bord et la terre
  • De la sûreté et de la sécurité des passagers et du navire
  • De la gestion de l’équipage
  • De l’hygiène à bord et de la santé des passagers
  • De la maintenance et de la réparation du navire
  • Des radios communications

Voici nos 5 conseils pour devenir skipper !

  • Renseignez-vous sur les formations nécessaires 

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Au vu des nombreuses responsabilités qu’à un skipper lors d’un voyage maritime, il est assez logique de supposer que les formations nécessaires pour exercer ce métier peuvent être complexes ! Ainsi, pour devenir skipper, il vous faudra avoir en poche votre brevet de capitaine 200 voiles… Rapides explications et précisions sur cette formation !

Le brevet de capitaine 200 voiles est une formation qui se déroule en cinq modules, assortie d’une formation médicale et d’une formation au certificat restreint d’opérateur (CRO), ou plus généralement au certificat général d’opérateur (CGO) qui se déroule sur une durée de 20 à 25 semaines. Chaque module comprend des formations théoriques et pratiques. Cette formation est ouverte sans limitation d’âge, mais nécessite que vous soyez reconnu « apte à la profession de marin » par un médecin des gens de la mer (le détails des conditions requises, c’est ici!). Une fois cette formation validée, il vous faudra  justifier d’une expérience de 12 mois de navigation professionnelle pour obtenir le brevet, c’est à dire, comme l’explique le blog hisse et oh « enrôlé sur le rôle d’équipage, payé et déclaré à l’ENIM, la sécurité sociale des marins ». Pour pouvoir ensuite naviguer à plus de 200 miles marins (soit environs 370km) des côtes, il vous sera demandé de justifier d’une expérience d’un an en tant que skipper et passer la formation médicale 3 (106 heures de formation, que vous pourrez passer lors de votre formation de capitaine 200 voiles). Par la suite, certains modules sont à renouveler tous les 5 ans environs, à part si vous pouvez justifier d’une navigation très fréquente.

De plus, comme l’explique Jean-Christophe, skipper de formation « il est également intéressant de passer le Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education populaire et des Sports (BPJES) option voile, avec un Certificat de Spécialité Croisière. Ce dernier apporte des éléments de méthodologie et de pédagogie à la formation, tout en apportant une vraie formation pratique de voile. C’est utile lorsque l’on veut travailler dans des centres de voiles, où même pour n’importe quelle embauche parce que cela fait preuve d’un profil plus complet. Mais bon, c’est vrai qu’en partant de zéro, cela abouti à une durée de formation très longue ».

Pour résumer donc, pour pouvoir naviguer où bon vous semble sur un voilier, il vous faudra :

  • Passer votre formation de capitaine 200 voiles avec la formation CGO (la formation CRO ne permet qu’une navigation en zone A1, donc à 20 miles marins des côtes)
  • Trouver un emploi pour une durée d’un an au sein d’un équipage, en tant que matelot par exemple
  • Exercer en tant que skipper pendant un an, à proximité des côtes
  • Si possible, compléter votre formation par le BPJES option Voile
  • Renseignez-vous sur les opportunités de carrières

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Crédit photo : Flickr (Don McCullough)

Une fois venu au bout de cette formation, votre brevet de capitaine 200 voiles en poche et votre expérience d’un an en milieu côtier justifiée, vous voila donc libre de pratiquer l’activité de skipper sur l’océan ! Cependant, vos choix de pratique de la profession peuvent varier. En effet, il est possible de travailler à son compte ou de proposer ses services à une entreprise, bien que dans ce dernier cas de figure, il soit assez rare d’être embauché en temps que salarié, les skippers se faisant le plus fréquemment rémunérer au contrat. Dans la grande majorité des cas, vous pourrez choisir entre travailler:

  • Pour un centre de loisir (à condition cependant que vous passiez le BPJES option voile, ou le monitorat fédéral de voile, sans quoi vous faire embaucher est compliqué, voir impossible)
  • Pour un centre de location de bateau
  • Pour des sociétés de croisière
  • Pour un propriétaire d’un bateau qui aurait besoin d’une personne qualifiée pour naviguer sur son voilier
  • Pour un particulier directement

« Mais – détaille Jean-Christophe – je pense que ce qui est essentiel avant de se lancer, c’est vraiment de pratiquer, quitte à le faire bénévolement. Comme c’est le cas pour beaucoup de diplômes, la formation pour obtenir le capitaine 200 voile peut être insuffisante au regard de la pratique pure de la voile. Bien que cela dépende des formations (certaines formations sont plus pointilleuses sur la formation voile), travailler auprès d’un skipper ou dans des bases, comme les glénans, qui offrent l’opportunité de faire du bénévolat, est à mes yeux presque essentiel pour débuter sa carrière de skipper ».

Les activités que vous pourrez effectuer sont donc diverses : allant du convoyage (déplacer un bateau d’un port à un autre, généralement pour les sociétés de location de bateau ou pour les particuliers) au transport de passagers (30 maximum avec le brevet de capitaine 200 voiles), il vous faudra autant savoir gérer la solitude des traversées de convoyage que détenir certaines capacités d’animation lorsque vous transporterez des passagers !

  • Si vous souhaitez vous mettre à votre compte, prévoyez des investissements conséquents

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Crédit photo : Neil Gould

Suivant le choix de l’activité que vous souhaitez pratiquer, les équipements nécessaires pour effectuer votre profession seront très, très variables ! Sans compter le prix de la formation (que vous pourrez, dans certain cas et contre un travail effectué en centre de voile, vous faire financer par ce dernier : c’est par exemple ce que propose le centre nautique des Glénans, qui dispose de cinq bases en France dont l’une dans le charmant port de Paimpol), si vous souhaitez vous mettre à votre compte et donc naviguer votre bateau, il vous faudra prévoir un investissement très lourd pour débuter ! Si vous n’avez pas de bateau au préalable, les ordres de prix sont immensément variables selon la taille du bateau que vous souhaitez, son état si vous décidez de l’acheter d’occasion… Selon le site radins.com, « un yacht Jeanneau d’une longueur de 13,7 mètres, doté de 2 cabines, 6 couchages et tout le confort nécessaire coûte 316.300 € », alors que le site découvrez le nautisme estime que l’acquisition d’un bateau peut être moins onéreux que celui d’une nouvelle voiture (avec des charges mensuelles de 200€). Réfléchissez-donc calmement à l’ensemble des activités que vous souhaiteriez faire sur votre bateau avant de l’acheter, et essayez de récolter le plus de témoignages et d’expériences de skipper sur le type de bateau choisi pour savoir s’il correspond réellement à vos activités !

Les marins sont généralement des passionnés de la mer et de leur métier, et beaucoup n’hésiteront pas à prendre sur leur temps pour répondre à vos questions. Par exemple, le blog cité ci dessus hisse et oh propose un forum où s’échangent questions/réponses sur tous les aspects de la voile ! Un puits d’information dont il serait dommage de ne pas profiter…

Il faut également penser aux coûts, non négligeable aussi bricoleurs soyez-vous, qui découleront de l’achat de votre bateau, ainsi que des frais de stationnement lorsqu’il sera amarré ou encore l’équipement obligatoire qu’il faudra vous procurer pour naviguer en mer (satellite ou BLU si vous dépassez la zone de navigation A1). Si vous vous concentrez sur du convoyage ou de la navigation aux côtés de particuliers, les investissements seront à contrario nuls, ce que conseillent de nombreux skipper, dont Jean-Christophe : « Je connais des skippers qui arrivent à très bien s’en sortir avec leur bateau, mais il faut pour que ce soit rentable travailler énormément pour amortir les frais généraux… Pour certains, qui habitent en Guadeloupe ou dans les caraïbes, c’est plus facilement réalisable car la demande est plus constante, et selon certains critères, la fiscalité est différente ».

  • Renseignez-vous sur les opportunités, les spécificités du travail, et les revenus générés par les différentes activités de skipper

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Crédit photo : Toutleciné

L’activité de skipper se déroulant le plus fréquemment de manière indépendante, il est difficile d’estimer les revenus de cette profession… Une chose est sûre, c’est que le métier de skipper est souvent influencé par les saisons, avec des activités en centre de loisirs, société de croisières etc. en haute saison contre des activités de convoyage hors-saison. Pour donner tout de même un ordre d’idée, selon le site métier marin, « en général, le salaire moyen d’un skipper est de 100 € environ par jour pour le charter (transport de passagers) et d’environ 200 € (brut) par jour pour le convoyage. ». Selon Jean-Christophe, ces tarifs sont cependant plus élevés : « pour le charter, je demande 250€ par jours alors que pour le convoyage… Et bien ça dépend ! Pour des courtes distances, il est d’usage d’établir un devis en fonction de la distance parcourue (de 2 à 5 euros par miles marin), alors qu’on fonctionne au forfait pour les longues distances ! Mais la encore, cela varie. Les trajets retours d’une transatlantique par exemple (donc des Antilles vers l’Europe), plus difficiles et plus longs en raison notamment des vents dominants, sont facturés plus chers que les trajets allers, mais pour simplifier, en dessous de 4 000€ par traversée (d’un mois environs), je ne pense pas que cela soit rentable ! ».

Le média rue89 propose quant à lui l’interview d’un skipper (à lire absolument pour vous donner une idée plus concrète de ce métier) qui déclare gagner 2 500€ net par mois sur le voilier sur lequel il était embauché au moment de l’interview.

Concernant les débouchés, être skipper va presque obligatoirement de pair avec la nécessité d’être mobile, et d’être prêt à effectuer des contrats de longue durée loin de votre habitation, ce qui peut être un frein à votre sociale (comme le disait si bien Barbara, « Si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir, Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs, […] Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin, Je n’ai pas la vertu des femmes de marins »…). Avoir une vraie vie de sédentaire est quasiment impossible, et certaines villes se preteront mieux à votre installation que d’autres. Lesquelles ? « En général, en Bretagne ça va à peu près partout mais s’il ne fallait conseiller qu’une ville, alors mon choix se tournerait vers Lorient – nous répond Jean-Christophe -, alors que pour le Sud, c’est plus compliqué… A part Marseille bien sur, et peut-être certaines villes comme Saint-Tropez… ».

Si ces deux conditions sont remplies, alors le travail ne manque pas selon Vincent Bourdin, qui explique lors d’une interview réalisée pour le site webjunior que le monde ne manquera jamais de propriétaires de bateaux qui auront besoin de capitaines pour se lancer sur les flots… Il reste important de signaler que le métier de skipper, comme la grande majorité des métiers marins, suppose des périodes de travail particulièrement intenses où vous pourrez dores et déjà oublier le principe de compter vos heures. Quart de nuits, travail permanent 7/7j…. Telles seront vos conditions de travail ! Pensez-également à vous diversifier, comme proposer par exemple des cours de voiles, qui pourront vous permettre de vous remettre sur pieds tout en générant des revenus.

  • Faites-vous connaitre !

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Crédit photo : La ruche

L’une des clés du succès du métier de skipper, comme pour bien d’autres, est bien entendu votre réseau. Plus vous aurez d’expérience, plus vos clients vous connaîtront et vous recommanderont autours d’eux, le monde des propriétaires de bateaux étant tout de même un petit monde… A l’image de Vincent Bourdin, n’hésitez donc pas à vous faire un site internet où vous décrirez votre offre de manière claire, en proposant à vos clients potentiel un devis en fonction de leur demande. Ne l’oubliez pas, un skipper est souvent un indépendant, et comme pour tout indépendant, la prospection et la recherche de clients pourra faire partie intégrante de votre profession !

Certains sites, comme skippers.fr, vous permettrons de vous aider dans la mise en relation avec vos clients potentiels, et de poster gratuitement vos offres. De plus, il existe de plus en plus de sites proposant aux particuliers une sélection de skippers en fonction de leurs destinations et de leur choix de type de croisière… C’est le cas de skippers associés par exemple, où les activités sont principalement concentrées dans les caraïbes. Prendre le temps de se consacrer à l’édition d’un site internet clair qui décrit vos activités, ou de rejoindre des associations de skippers pourra être déterminant pour la réussite de votre carrière !

Et si le milieu marin reste traditionnel sur un point, c’est bien sur la manière de se faire son réseau : « En dehors des réseaux sociaux, qui sont bien sur efficaces autant pour trouver du travail que pour se créer son réseau, aller travailler bénévolement pour un skipper peut être très efficace pour mettre un pied dans ce monde. Un site assez utile pour cela, c’est celui de la bourse aux équipiers qui met en relation des skippers ayant besoin d’équipiers et des skippers (ou autres professions) qui veulent effectuer leurs premières expériences. Autrement, donner un coup de main à droite à gauche sur les ports ou encore proposer son aide lors des grands départs de courses au large (où il est fréquent que les préparations prennent du retard) est un moyen efficace pour rencontrer du monde ! » explique Jean-Christophe.

Ariane Pépin