5997483394_65bc331ce3_b_optCrédit photo : Flickr (SnippyHolloW)

La Normandie réunifiée, depuis le 1er janvier 2016, compte 5 départements et 3,3 millions d’habitants. Elle devient la 5e région française pour son poids économique (avec un PIB moyen par habitant de 25 900 euros, et l’endettement le plus faible du pays), la première région portuaire et l’une des premières façades maritimes européennes. Elle est aussi la 5e région la plus jeune de France, avec 31 % de la population âgée de moins de 25 ans. Selon une étude récente de l’Institut Montaigne, la nouveau territoire, résultat d’une fusion évidente – la Normandie a été scindée en 1956 – appuyé sur une complémentarité entre Basse-Normandie à dominante agricole et Haute-Normandie doté d’industries de pointe, constituera l’une des régions les plus dynamiques de France.

Les collectivités du territoire comptent bien valoriser ce capital de départ et s’engagent au sein d’une stratégie collaborative ambitieuse. Première vice-présidente de la Région Normandie en charge du développement économique et du soutien aux entreprises, Sophie Gaugain répond aux questions de Parcours France sur les projets du territoire.

Quelles ont été vos premières décisions, vos premières mesures ?

Sophie Gaugain, Maire de Dozulé, Première vice-présidente de la Région Normandie, en charge du développement économique et du soutien aux entreprises

Sophie Gaugain – Le travail accompli par la majorité sous l’impulsion d’Hervé Morin dans un contexte d’alternance et de fusion des deux régions depuis le début du mois de janvier est considérable. Nous avons pris à bras le corps des dossiers essentiels pour la Normandie et qui avaient jusqu’ici été traités à la marge. Pour le développement économique, puisque c’est ma délégation au Conseil Régional, c’est par exemple la création de l’Agence pour le Développement de la Normandie. Cette Agence a vocation à soutenir notre tissu économique avec un guichet unique à l’attention des entreprises. Elle sera accompagnée d’un fonds d’investissement régional, Normandie participations, doté de 14 millions d’euros au démarrage, pour atteindre dans trois ans 100 millions d’euros. L’AD Normandie et le fonds ont pour objectif de couvrir tous les fronts du financement des entreprises, de l’amorçage au retournement, et s’adresseront à toutes les entreprises normandes, même les plus modestes.

Nous avons également relancé les échanges avec les entreprises sur le volet export, essentiel quand on connaît le potentiel des sociétés normandes à l’international. Par ailleurs, le dossier du ferroviaire retrouve le rang de priorité, avec l’acquisition par l’Etat de trains neufs, mis en service à partir de 2019 sur les lignes Paris-Caen-Cherbourg et Paris-Rouen-Le Havre. En contrepartie, la Région Normandie s’est engagée à prendre en charge la gouvernance des lignes Intercités. On peut aussi citer la fusion des administrations régionales : alors qu’aucune démarche sérieuse n’avait été engagée pour préparer la fusion des deux anciennes administrations de Caen et de Rouen, un nouvel organigramme a été présenté aux agents dès la fin mars.

La nouvelle majorité a par ailleurs fait le choix de co-construire les nouvelles politiques régionales en y associant les acteurs concernés. Je pense notamment au Grenelle de l’apprentissage, avec le 2e vice-président de la Région, David Margueritte, qui implique tous les acteurs du secteur autour d’un objectif simple : augmenter de 50% le nombre d’apprentis sur les 6 prochaines années. Je pense également à la co-construction d’une nouvelle politique agricole, avec Clotilde Eudier, qui fait l’objet de 10 ateliers réunissant toute la profession pour soutenir notre agriculture régionale et l’adapter aux nouvelles exigences. Enfin, Bertrand Deniaud a lancé le programme Lycée du futur, en partenariat avec parents, élèves, professeurs, chefs d’établissements, directeurs de MFR, chefs d’entreprises et centres de formation. L’objectif : permettre aux jeunes normands de se former dans les meilleures conditions et d’avoir toutes les clefs pour réussir.

Grenelle de l'apprentissage Le Grenelle de l’apprentissage a un objectif simple : augmenter de 50% le nombre d’apprentis sur les 6 prochaines années. Crédit photo : Flickr (Renaud Camus)

Dernier point : les premiers choix budgétaires de la nouvelle majorité sont placés sous le signe de l’investissement pour le développement de la Normandie et de l’efficacité dès le premier euro dépensé. Alors que la Normandie souffrait d’un sous-investissement chronique depuis 15 ans, 48 M€ ont été investis depuis début janvier dans des projets structurants pour notre Région. Dans le même temps, au moins 22 millions d’euros d’économies ont été réalisées sur la mandature avec la suppression du magazine régional, l’arrêt des aides aux nouveaux contrats type emploi d’avenir et l’harmonisation des critères des bourses sanitaires et sociales.

Cette liste n’est pas exhaustive mais traduit bien notre volonté d’agir vite et fort pour notre Région.

Qu’apporte la réunification des deux Normandie ?

S. G. -Tout d’abord, il faut dire que la réunification est une chance pour notre Région. Notre séparation, pendant plus de 60 ans, a malheureusement conduit à un sous-investissement chronique dans nos deux ex-régions. Ce sous-investissement ne nous a pas permis de peser dans la compétition exacerbée qui existe entre les territoires. Cette séparation ne nous a pas permis non plus de d’exporter la marque Normandie, pourtant connue et reconnue dans le monde entier.

La renaissance de la Normandie est donc un tournant historique pour notre territoire. Nous sommes en train d’écrire un nouveau chapitre de notre histoire en mettant en place de nouvelles politiques pour faire de la Normandie un territoire dynamique, compétitif et attractif.

Quels sont à vos yeux les principaux atouts de la nouvelle Normandie ? Ses faiblesses ?

S. G. – La liste est longue. On peut citer parmi les atouts majeurs :

  • Sa façade maritime : avec ses 600 km de côte, ses ports, sa pêche, ses futurs parcs éoliens offshores, la Région Normandie tire du secteur maritime une richesse incroyable.
  • Son réseau universitaire et ses grandes écoles, marque d’excellence pour notre territoire.
  • Son agriculture, qui occupe les 2/3 du territoire et emploie plus de 100 000 personnes dans les exploitations et la filière agroalimentaire.
  • Son patrimoine culturel et architectural : la Normandie, c’est une culture, une histoire, des paysages et une identité uniques qui attirent chaque année de nombreux touristes.
  • Sa situation au cœur de l’Europe et sa proximité avec Paris, atout incontestable en matière économique, pour peu que nous disposions de bonnes connexions avec la capitale.

25217275096_2578411f34_k_optPort de Cherbourg. Crédit photo : Flickr (isamiga76)

C’est en effet notre grande faiblesse actuelle, outre le sous-investissement chronique qui a «plombé» notre compétitivité : le transport ferroviaire. Nous sommes reliés à Paris avec des trains des années soixante-dix qui sont en fin de vie et ne cessent de tomber en panne. Face à cette situation dégradée, inacceptable, nous avons saisi l’Etat qui s’est engagé à financer des trains neufs en échange d’une prise en charge pour la Région, comme je vous le disais, de la gouvernance des Intercités. Il nous faut aussi développer la culture du travail en réseau.

Quels sont vos projets, vos axes d’investissement pour le développement économique de la Région ?

S. G. – J’ai à la fois la chance et la lourde responsabilité de m’occuper de cette politique au sein du Conseil Régional.

La priorité des priorités, Hervé Morin le rappelle souvent, c’est la création d’emploi et donc le développement économique. Pour cela, nous allons soutenir notre tissu économique et nos entreprises. La création de l’ADN va dans ce sens puisqu’elle sera le bras armé du développement de la Région. Dans le même temps, nous allons accompagner les filières stratégiques dans leur développement sous la forme de contrats d’objectifs portant sur la recherche, l’innovation, l’investissement, la formation et l’exportation. Par ailleurs, un territoire dynamique est un territoire où l’on investit. C’est pour cela que la Région a choisi d’investir massivement dans tous les territoires aux côtés des villes, des agglomérations et des départements. Les besoins sont nombreux, notamment dans les territoires ruraux. L’objectif est donc de mettre en place des mécanismes de solidarité territoriale afin d’aider tous les territoires et davantage encore ceux qui en ont le plus besoin.

A quoi jugerez-vous une présidence réussie ?

S. G. – Au bon respect de nos engagements pris auprès des électeurs. Je l’ai dit, le développement économique est notre priorité. Si nous réussissons à remettre la Normandie sur les rails, nous aurons réussi. Les premiers retours montrent que nous sommes sur la bonne voie. Notre détermination est totale et je suis certaine qu’à force de volonté et de détermination nous réussirons ce challenge.