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En septembre 2015, l’UEFA effectuait un roadshow dans cinq villes françaises (Lyon, Nice, Marseille, Lille, Bordeaux) afin de promouvoir sa compétition phare et d’en vanter les bienfaits territoriaux. L’UEFA avait pour l’occasion commandé une étude au Centre de Droit et de l’Économie du Sport (CDES) afin d’évaluer précisément les retombées économiques de l’Euro 2016. Conclusion du CDES : l’événement pourrait globalement rapporter à la France 1,3 milliards d’euros.

Dont 593 millions dépensés par les spectateurs dans les stades et alentours (billetterie, hébergement, restauration…), 195 millions déboursés par ces mêmes supporteurs dans les «Fan Zones» (des lieux publics dotés par l’UEFA d’écrans géants et d’animations payantes) et 478 millions en dépenses d’organisation (location des stades par l’UEFA, frais de réception, transport des équipes et des délégations etc). Une évaluation réalisée cependant avant les attentats de novembre, qui pourraient considérablement alourdir la facture sécurité de l’événement (à la charge du pays organisateur) et rétrécir le périmètre des Fan Zones.

Le CDES estime également que 94 000 personnes sont ou seront employées sur l’ensemble du territoire pour l’organisation de l’événement, qui s’ajoutent à l’équivalent de 20 000 emplois créés pour construire ou rénover les stades. L’étude fournit enfin une répartition des retombées économiques pour les dix villes accueillant l’épreuve. La valeur de cet impact varie en fonction de la capacité d’accueil des stades et du nombre de matchs joués sur place.

  • Saint-Denis : 221 millions d’euros
  • Marseille : 181 millions d’euros
  • Lyon : 166 millions d’euros
  • Paris : 161 millions d’euros
  • Lille : 151 millions d’euros
  • Bordeaux : 126 millions d’euros
  • Nice : 81 millions d’euros
  • Saint Étienne : 77 millions d’euros
  • Lens : 71 millions d’euros
  • Toulouse : 66 millions d’euros

(Estimation CDES)

L’UEFA insiste tout particulièrement sur la «territorialisation» des prestations requises par l’organisation de l’événement, dans tous les domaines : construction d’infrastructures temporaires, éclairage, nettoyage, accueil, sécurité, transport, recrutement, communication…Selon l’organisation footballistique, 80 % des appels d’offres lancés à cette occasion ont été remportés par des entreprises locales, pour un montant total de 400 millions d’euros. A l’exemple de Zebrand, une agence de design basée à la Tour-de-Salvagny (Rhône), choisie par l’UEFA pour réaliser la mascotte de la compétition, Super Victor.


La mascotte « Super Victor » de l’Euro 2016, designé par une agence Lyonnaise

Ou encore de Proman, une agence d’intérim originaire de Manosque, retenue par l’instance européenne, au nez et à la barbe des Manpower et autres Adecco, pour le recrutement du millier de temporaires qui œuvreront dans les coulisses de l’événement (hôtes et hôtesses d’accueil, chauffeurs, agents de sécurité, restaurateurs…).

Au delà des contrats, l’UEFA ne ménage pas sa peine pour convaincre les entreprises françaises de s’impliquer pleinement dans la manifestation. A Bordeaux, par exemple, l’organisation a invité 350 patrons locaux, en novembre dernier, dans le nouveau stade de la ville. Un décor idéal pour leur vendre, en toute convivialité, les différents volets de l’Euro. «Les entreprises peuvent s’associer à l’événement en devenant sponsors, en achetant une licence pour fabriquer des produits Euro 2016 ou encore des loges pour inviter leurs clients et prospects», résumait Philippe Margraff, directeur des opérations commerciales à l’UEFA.

Faire de l’Euro 2016, pendant un mois, le plus grand business club d’Europe» – Jacques Lambert, président du Comité de pilotage de l’Euro 2016.

Une implication d’autant plus grande que les collectivités territoriales se piquent au jeu et passent à l’offensive afin de concrétiser les opportunités économiques offertes par l’événement. Les CCI Nord de France, par exemple, organisaient en septembre dernier une grande soirée de lancement, au Louvre-Lens, afin de présenter aux entreprises de la région les offres de partenariat émises par les organisateurs de la compétition, ainsi que le dispositif d’accompagnement mis en place par les chambres consulaires. «L’ensemble du monde économique, sportif et politique s’est réuni au Louvre pour préparer l’événement, souligner la motivation des chefs d’entreprise et l’intérêt de travailler avec l’Euro 2016», explique Philippe Hourdain, président de la CCI de Lille. Une initiative prise dans le cadre d’un accord global, entre les CCI de France et l’UEFA, visant à sensibiliser les entreprises, mobiliser les acteurs de la chaîne touristique, valoriser le tissu économique local auprès des investisseurs étrangers. «Et faire de l’Euro 2016, pendant un mois, le plus grand business club d’Europe», selon la formule de Jacques Lambert, président du Comité de pilotage de l’Euro 2016.

4343155867_64de40e5ec_b_opt (1)Zlatan Ibrahimovic sera l’une des attractions de cet Euro 2016. Crédit photo : Flickr (Gerard Reyes)

Un paradis fiscal créé sur mesure pour l’UEFA

Un business qui s’annonce excellent pour l’UEFA. Selon les estimations fournies par l’instance européenne du football, l’événement devrait en effet lui apporter une recette totale de 1,9 milliards d’euros – en progression de 44 % par rapport à l’Euro 2012 – dont un milliard en droits audiovisuels, 400 millions en sponsoring et 500 millions en billetterie. L’affaire est d’autant plus juteuse que l’État français a accordé à l’UEFA une exonération totale d’impôts directs et assimilés (impôt sur les sociétés, taxe sur les salaires…) sur les bénéfices qu’elle réalisera dans l’hexagone. Une condition, en forme de chantage fiscal, inclue par l’organisation européenne dans le cahier des charges pour l’obtention de l’épreuve. L’UEFA a tout de même consenti, après d’âpres négociations, à une dotation globale de 20 million d’euros pour les dix villes qui accueillent l’événement, et supportent une bonne partie de ses coûts. Une obole destinée à financer des équipements sportifs de proximité. Et à «faciliter l’acceptabilité sociale de la manifestation», selon les termes d’Alain Juppé, président du club des sites accueillant l’Euro.

L’Euro 2016 en quelques chiffres

  • Du 10 juin au 10 juillet 2016
  • 10 villes hôtes
  • 24 équipes nationales et 51 matchs programmés
  • 2,5 millions de supporteurs attendus dans les stades, dont 1 million en provenance de l’étranger
  • 1 milliard d’euros devraient être dépensés sur place par les supporteurs
  • 150 millions de téléspectateur, en moyenne, pour chaque match
  • 1,7 milliard d’euros : le coût de la construction et de la rénovation des stades